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Chère Madame, cher Monsieur,

Les Français ne veulent pas du retour des djihadistes. Les sondages sont unanimes. Les Français ne veulent pas que le gouvernement français rapatrie ces hommes et ces femmes qui ont pris les armes contre la France. Et c’est parfaitement normal.

Au nom de quoi aurions-nous le devoir de les sauver des conséquences de leurs actes en les rapatriant ?

Ces hommes et ces femmes savaient ce qu’ils faisaient, ils ont participé en toute connaissance de cause aux crimes de l’État Islamique, ils n’ont aucun droit à notre assistance ou à notre compassion.

Les Français ne veulent pas du retour des djihadistes. Point. Mais leurs gouvernants, ceux qui sont censés être leurs représentants ?

Hélas, c’est beaucoup moins clair.

Souvenez-vous de Christophe Castaner qui déclarait en janvier 2019 : « D'abord ce sont des Français avant d'être des djihadistes. » Et le journal Libération avait révélé que le gouvernement avait établi une liste secrète et très détaillée de 250 djihadistes qu’il avait l’intention de rapatrier !

Fort heureusement, grâce à la mobilisation de « lanceurs d’alerte » comme l’Institut pour la Justice et devant la bronca de l’opinion publique, le gouvernement avait reculé.

Mais manifestement certains, dans les ministères, n’ont pas renoncé à ce plan initial.

Le 11 janvier dernier dans une interview donnée à Libération, Nicole Belloubet, la ministre de la Justice, a affirmé qu’elle ne voyait « pas d’autre solution que de rapatrier ces gens en France » à cause des « évolutions récentes » qui ne permettraient plus de « les juger sur place. »

Mais bien sûr, a-t-elle ajouté : « Tout combattant terroriste qui serait rapatrié serait judiciarisé, comme nous l’avons toujours fait. »

Les Français seront sûrement très rassurés d’apprendre ça…

Vous vous souvenez qu’il y a peu de temps je vous avais alerté sur les peines étrangement légères infligées depuis quelques mois par les tribunaux français aux combattants de la zone irako-syrienne.

Par exemple Chemsedine Dinar, combattant de l’État Islamique « ayant suivi un entraînement sportif et militaire plus poussé destiné aux meilleurs éléments », puis « ayant participé aux activités djihadistes de ce groupe », mais aussi « membre de la police islamique ». Condamné à seulement onze ans de réclusion criminelle sans période de sûreté. Étant donné qu’il est en prison depuis 2015 il devrait sortir dans quelques années à peine.

Ou encore Lahcen Zligui, « combattant et poseur de bombes, arrêté à l’été 2015 ». Jugé le 29 novembre dernier, il est condamné à douze ans de réclusion criminelle, là où dix-huit ans avaient été requis avec une période de sûreté.

Pour Chemsedine Dinar, la cour a estimé que « l’intéressé a donné de nombreuses informations » et qu’« il s’est présenté volontairement aux services de police ».

En ce qui concerne Lahcen Zligui, elle met en avant sa « coopération pendant l’enquête et l’instruction » et « ses regrets qui apparaissent comme sincères ».

Des regrets qui apparaissent comme sincères...

Comme le dit très bien l’un de nos experts, maître Thibault de Montbrial : « Il y a des décisions de justice qui sont d'une naïveté confondante. Des cours d'assises spéciales ont rendu des peines extrêmement légères car “le repentir des djihadistes avait l'air sincère”. Nous sommes extrêmement naïfs et nous allons le payer cher… »

Et il y en a beaucoup, beaucoup d’autres dans ce cas : des djihadistes endurcis, aguerris, des apprentis terroristes absolument pas repentis qui sortiront tôt ou tard des prisons françaises, et en général plus tôt que plus tard.

D’ailleurs, le journal Ouest-France rapportait justement cette semaine que le premier « revenant » français de Daesh, Flavien Moreau, venait d’être libéré, après sept ans de prison.

Et dans quel état sortent-ils de nos prisons ?

Selon l’un des surveillants de la prison de Condé-sur-Sarthe, où était incarcéré Fabien Moreau, son séjour en prison « s'est résumée à de la provocation, à créer des petits incidents et refuser de réintégrer les cours de promenades et à insulter les agents au quotidien. En 4 ans à Condé, on n'a vu aucune évolution de son comportement en fait depuis le début de son incarcération. »

Et il ajoute : « Je pense que le gouvernement a beaucoup de questions à se poser parce que on n'a remarqué aucune évolution et il n'y a eu aucun travail qui a pu être fait avec lui. »

En effet, le gouvernement aurait beaucoup de questions à se poser. Ne serait-ce que la question des places de prison nécessaires pour accueillir ces « revenants » du djihad.

Un syndicaliste pénitentiaire expliquait tout récemment au journal Le Figaro : « La direction de l’administration pénitentiaire n’a toujours pas créé les 450 places étanches actées pour la fin 2018, lors de la grande crise de la pénitentiaire en janvier de cette année-là. En janvier 2020, si nous en sommes à 300 c’est le bout du monde. »

Or actuellement on compterait dans les prisons françaises 500 détenus pour terrorisme auxquels il faut rajouter, selon la direction de la pénitentiaire, autour de 1 000 détenus de droit commun radicalisés.

Comment s’étonner dans ces conditions que nos prisons soient devenues des lieux de radicalisation ?

Le chercheur Hugo Micheron, qui a rencontré près de 80 djihadistes incarcérés dans des centres de détention français, expliquait tout récemment au micro d'Europe 1 :

« Les djihadistes exploitent les prisons pour se consolider, se reconfigurer. Ils ont acté leur défaite sur le terrain au Moyen-Orient, donc l'espace de recomposition de la mouvance djihadiste, c'est les prisons »

Il ajoutait : « On croit trop facilement que la prison est une impasse dans lequel le djihadiste finirait sa course, alors que pour beaucoup, c'est une étape dans une carrière de djihadiste ». Et il concluait : « La prison, c'est l'ENA du djihad ».

C’est ça le programme de Madame Belloubet ? Rapatrier en grand nombre des gens qui ont renié leur pays, qui ont pris les armes contre nous, pour leur permettre de faire l’ENA du djihad dans nos prisons pendant quelques années avant d’être relâchés dans la nature ?

Bien sûr Madame Belloubet a repris l’argument classique selon lequel il serait préférable d’avoir ces djihadistes « sous contrôle français » plutôt que de les laisser « s’évaporer dans la nature ».

Mais à partir du moment où ils seront libérés de prison – et ils seront inévitablement libérés à un moment où l’autre – il nous sera strictement impossible, matériellement et juridiquement, de les surveiller tous pour les empêcher de passer à nouveau à l’acte ou de fomenter de nouveaux attentats.

N’est-il pas relativement évident qu’il serait moins difficile d’essayer de les empêcher de rentrer clandestinement sur notre territoire pour y commettre un attentat, que d’essayer de les empêcher de commettre un attentat en leur reconnaissant le droit de séjourner parmi nous et de bénéficier de toutes les garanties attachées à notre État de droit ?

En réalité, si Madame Belloubet est si embarrassée avec nos djihadistes, c’est parce qu’ils ont toujours la nationalité française !

C’est bien là un des nœuds du problème, que le gouvernement n’a jamais essayé sérieusement de trancher.

Jamais le gouvernement français n’a voulu, comme d’autres gouvernements européens l’ont fait, se donner la possibilité de déchoir aisément de leur nationalité française nos djihadistes.

Or tant que des djihadistes ont la nationalité française, les États qui les détiennent peuvent exiger que nous les reprenions. Tant qu’ils sont Français, l’État français a certaines obligations juridiques envers eux, aussi révoltant que cela puisse nous sembler.

Un gouvernement ayant vraiment à cœur la sécurité des Français aurait dû se soucier en priorité de régler ce problème-là, au lieu de nous bercer avec de fausses assurances au sujet de la «  judiciarisation » ou de la « surveillance » des djihadistes.

Les déclarations de Madame Belloubet sont inquiétantes et elles prouvent, une fois encore, que la sécurité des Français ne fait pas partie des priorités de ce gouvernement.

Aussi, plus que jamais, vous pouvez compter sur nous pour faire entendre la voix du bon sens et pour rappeler quelles devraient être les vraies priorités.

Vous pouvez compter sur notre vigilance et notre pugnacité.

Avec tout mon dévouement,

Laurence Havel







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