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Chère Madame, cher Monsieur,

Connaissez-vous Laura Calu ?

C’est une humoriste de 29 ans, très suivie sur les réseaux sociaux. Pour tout vous dire je n’avais jamais entendu parler d’elle avant mardi. Je l’ai connue parce qu’elle a mis en ligne une vidéo qui devient virale.

Au moment où je vous écris, elle a déjà dépassé le million de vues.

Est-ce la vidéo d’un de ses sketchs ? Pas du tout.

Laura Calu raconte en détails l’agression qu’elle et son compagnon, Arthur, ont subi le week end dernier. Ils sont à Paris, à proximité de chez eux et rentrent d’une soirée, à deux heures du matin, quand un homme insulte Laura.

« Un mec dans la rue m’a insulté de “ pute “ devant Arthur. Du coup j’ai répondu, j’ai répondu “ laisse-moi tranquille ” (…) Le mec n’a pas supporté que je réponde, parce que je suis une nana, vous comprenez bien, et que je n’ai pas le droit de répondre lorsqu’on m’insulte de “ pute “ dans la rue (…) du coup mon copain a voulu me défendre… »

Et là, la violence se déchaîne, instantanément.

« Je n’ai pas eu le temps de souffler que mon copain était en train de se faire assassiner devant mes yeux. Il y avait trois mecs au départ, mon mec était au sol, qui ont lynché mon copain à coups de coups de pied très, très fort dans la tête, très, très fort contre les murs, contre des barres de fer… »

Un quatrième homme surgit, et se joint aux autres pour frapper le compagnon de Laura. Agression complètement gratuite, pour le plaisir de frapper un homme gisant à terre.

« J’ai cru qu’ils allaient le tuer »

« Et je pense que c’était le but de cette agression ».

Et finalement, presque par miracle, un homme « sorti de nulle part » est arrivé au secours du couple et a mis en fuite les agresseurs. Puis la police et les pompiers seraient arrivés quelques minutes plus tard.

Mais là, nouveau choc pour Laura qui raconte que les policiers ne recherchent pas les agresseurs !

« Ils me posent plein de questions, mais ils ne me demandent même pas comment étaient nos agresseurs, ils ne font pas de ronde, ils ne me proposent pas d’aller avec eux… rien, rien, il ne se passe rien. Ils restent là pendant que nos agresseurs sont sûrement en fuite juste à côté ou sont peut-être encore même sur les lieux… il ne se passe rien… les policiers restent dans leur voiture, à côté de l’ambulance, assis, comme s’ils avaient peur… ils ne font rien ! »

Le compagnon de Laura est dans un état pitoyable, couvert de sang, il a perdu plusieurs dents.

Je vous passe le périple de Laura et Arthur dans différents services d’urgence… Finalement, après avoir été soigné, le couple rentre chez lui.

Puis, le lendemain, ils vont porter plainte.

Nouvelle déconvenue pour Laura : les policiers « nous font comprendre que l’enquête ne sera sûrement pas assez intéressante, parce que pour eux c’est leur quotidien, surtout dans ce quartier là, apparemment ça arrive souvent. »

Du coup je dis au flics : « ça veut dire que cette même personne [son agresseur] peut me reconnaître (…) et venir me mettre un coup de couteau dans la rue, puisqu’elle est encore là », et ils me disent « oui, oui », avec le sourire, « ben oui, désolé ». Du coup les flics me conseillent de mener nous-mêmes notre propre enquête.

Oui, vous avez bien lu : les policiers conseillent à Laura et Arthur d’aller faire le travail d’investigation à leur place, pour voir si par hasard il n’y aurait pas des témoins ou des images de vidéosurveillance…

C’est, disent-ils « pour que la plainte puisse au moins aller jusqu’au bout, et encore si elle va jusqu’au bout, vous savez, ce sont sûrement des gens qui ont des situations compliquées, ben du coup leur avocat dira que, voilà, ils ont pas d’argent, ils sont pas solvables, ça servira à rien, ils feront peut-être même pas de taule, ils resteront 48 heures en garde à vue, puis c’est tout ».

« Donc voilà », conclu Laura, « ils nous font bien comprendre que c’est pas une mission prioritaire et que c’est comme ça, que c’est juste le quotidien. »

Résultat pour Laura : les agresseurs toujours dans la nature, l’attitude passive de la police, le traumatisme, la peur d’une nouvelle agression, font qu’elle est obligée de partir.

« Je suis dans l’obligation de déménager parce que je suis choquée et parce qu’il est hors de question que je reste là. C’est un quartier populaire et on me dira t’as qu’à pas vivre dans ce genre de quartier, moi j’avais très envie de vivre dans ce genre de quartier.

J’adore mon quartier parce que ça me prouve qu’en fait on peut vivre ensemble, parce que j’étais persuadé et je le fais tout le temps (…) je fais que ça moi de défendre les gens, (…) mon pauvre Arthur c’est un mec qui passe sa vie à défendre les autres, qui déteste l’injustice et du coup ben voilà ça nous tombe dessus.

On est des gens qui se battent pour ouvrir les mentalités, pour accepter tout le monde, pour avoir peur de personne, pour avancer, ben on est dégoûtés, on va se barrer, on va laisser tomber. »

Et Laura termine sa vidéo par un constat qui fait froid dans le dos, et par des questions que vous vous posez sûrement aussi :

« Là on a porté plainte et il ne va rien se passer. Le mec a essayé de tuer mon mec, et il ne va rien se passer, il ne se passe rien ».

À l’heure actuelle ce mec [son agresseur] est dans la rue et il peut faire ça à d’autres gens. (…). Voilà ce qui va se passer : ce mec va tuer quelqu’un. Ce mec a failli nous tuer et il va tuer quelqu’un. Qu’est-ce qu’on doit faire pour qu’on nous considère et pour qu’on s’occupe de nous en France ? »

« Actuellement comme beaucoup de Français je donne presque la moitié de tout ce que je gagne à l’État parce qu’on me dit, c’est pour ton confort, c’est pour ta sécurité (… ) s’il vous plait, je paye pour ça (…) qu’est-ce qu’on doit faire pour être en sécurité ? »

Tout est dit…

Le cas de Laura et d’Arthur est loin d’être isolé. On entend chaque jour ce genre de récits d’agressions sauvages et de violences pour des broutilles.

La semaine dernière, à Marseille, une étudiante de 21 ans a été tuée d’un coup de couteau, juste pour son téléphone portable. C’est triste à dire, mais d’une certaine manière, Laura et Arthur ont eu de la chance puisqu’ils sont encore en vie…

Alors oui, Monsieur le président de la République, monsieur le premier ministre, monsieur le ministre de l’Intérieur, madame la ministre de la justice : qu’est-ce qu’on doit faire pour être enfin en sécurité, en France ?

Avec tout mon dévouement,
Laurence Havel



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